Manu, je traverse la rue et je te le trouve ton plan climat !

Pédaler contre le changement climatique, de jour comme de nuit.

« Nous avons rencontré l’ennemi et c’est nous » est une parodie d’un message envoyé en 1813 par le commodore Perry de la marine américaine au général d’armée Harrison après sa victoire à la bataille du lac Erie. Malheureusement, cette citation a aujourd’hui cessé d’être une parodie et est devenue une réalité compte tenue de la grave crise environnementale à laquelle nos sociétés sont confrontées. Comment pouvons-nous, humains, nous vaincre nous-mêmes dans la guerre que nous menons contre la planète? Et quel rôle les scientifiques - à la pointe de l’observation de la crise environnementale - peuvent-ils jouer dans cette transformation sociétale ?

Les scientifiques semblent de plus en plus disposés à signer des appels réclamant des changements audacieux et ambitieux dans les politiques publiques et économiques. Cependant, une question pertinente à poser est de savoir si les scientifiques répondent eux-mêmes à leurs propres appels. Avons-nous des indications que les scientifiques atteignent personnellement et professionnellement de forts niveaux de neutralité carbone et plus généralement de durabilité environnementale ?

Les faits suggèrent le contraire: une étude a révélé que les scientifiques de l’environnement avaient souvent un comportement néfaste pour l’environnement et avaient une empreinte écologique à peine légèrement inférieure à celle des médecins et des économistes (voire une empreinte écologique identique pour les transports quotidiens). Je me reconnais d’ailleurs dans cet article car je n’ai pas été capable d’abandonner totalement les déplacements en avions pour raison professionnelle.

Le public (y compris les scientifiques) blâme généralement les coupables idéals de la crise environnementale: les hommes et femmes politiques. Cela appelle toutefois quelques remarques. Premièrement, alors que certains responsables politiques nient effectivement la cause, l’ampleur et l’impact du réchauffement planétaire, on peut néanmoins se demander si les scientifiques ne sont pas eux-mêmes des négationnistes climatiques. Nous, scientifiques, appelons les politiciens à écouter ce que dit la science, mais nous ne semblons pas écouter notre propre science, par exemple, nous n’engageons pas radicalement les universités dans une marche forcée vers la neutralité carbone. La réussite académique reste aujourd’hui trop intensive en carbone (encore une fois, il faut prendre l’avion pour réussir).

En n’écoutant pas la science, les politiciens écoutent au contraire les scientifiques qui leur disent, par leurs actions quotidiennes, que les impératifs de la vie personnelle et professionnelle sont plus importants que la neutralité carbone. Les pétitions de scientifiques – que j’ai signées aussi – me semblent être devenue la dernière mode en matière de militantisme chic.

La réalité est que les politiciens savent très bien comment agir contre le changement climatique, mais ne savent tout simplement pas comment gagner les prochaines élections (ou rester au pouvoir jusque-là). Certes, le public peut souhaiter un changement de système économique, mais pratiquement personne ne veut réellement changer. Autrement dit, le public, bien qu’effrayé par les conséquences du changement climatique, ne peut s’empêcher d’aimer encore plus les causes de ce même changement climatique. Blâmer les politiciens pour leur inaction devient en quelque sorte un moyen facile d’éviter de remettre en question de nombreux aspects de notre mode de vie, alors que pour réduire efficacement les émissions de carbone, il faudra probablement passer à une économie de guerre: ne pas émettre de carbone et ce quel qu’en soit le coût.

Si vous attachez votre ceinture, ne fumez pas et ne mangez pas de malbouffe,
alors vous vivrez suffisamment longtemps pour voir de grandes parties du monde
devenir inhabitables.

Émissions de carbone records

Les émissions de dioxyde de carbone (CO₂) provenant des combustibles fossiles et de l’industrie devraient augmenter de plus de 2% (de 1,8% à 3,7%) en 2018, ce qui porte les émissions mondiales de CO₂ à un nouveau record de 37,1 milliards de tonnes.

Le Quéré C, Andrew RM, Friedlingstein P, Sitch S, Hauck J, Pongratz J, Pickers P, Korsbakken JI, Peters GP, Canadell JG, Arneth A. Global carbon budget 2018. Earth System Science Data. 2018 Dec 10:2141-94.

Quand la terre devient une étuve

Même si l’Accord de Paris est mis en œuvre, la terre pourrait avoir un climat s’apparentant à celui d’une étuve, le climat se stabilisant à une moyenne mondiale de 4 à 5 ° C supérieure aux températures préindustrielles et à un niveau de la mer de 10 à 60 m plus élevé qu’aujourd’hui.

Steffen W, Rockström J, Richardson K, Lenton TM, Folke C, Liverman D, Summerhayes CP, Barnosky AD, Cornell SE, Crucifix M, Donges JF. Trajectories of the Earth System in the Anthropocene. Proceedings of the National Academy of Sciences. 2018 Aug 14 115(33):8252-9.

Des vagues de chaleur mortelles

Certaines des régions les plus peuplées de la planète pourraient être touchées par des vagues de chaleur mortelles et deviendraient inhabitables par endroits d’ici la fin du siècle si le changement climatique n’était pas maîtrisé

Mora C, Dousset B, Caldwell IR, Powell FE, Geronimo RC, Bielecki CR, Counsell CW, Dietrich BS, Johnston ET, Louis LV, Lucas MP. Global risk of deadly heat. Nature Climate Change. 2017 Jul 7 (7):501.

Une roue motrice, toutes saisons et environnemental

Afin d’avoir un minimum de cohérence climatique, j’ai essayé d’adapter mon mode de transport quotidien à une éventuelle politique publique où les émissions de carbone seraient plafonnées individuellement, inspiré par la citation de Winston Churchill: « Nous devons prendre le changement par la main ou bien, soyez-en sûr, le changement nous prendra à la gorge ». Le changement est en fait disponible depuis 1817 et s'appelle : le vélo. Malgé tout, en France, selon une étude de l’Insee, 58% des trajets domicile-travail de moins de 1 km (!) se font en voiture.

Se rendre à vélo à son travail apporte son lot de particularités. Les habitants de certaines villes (principalement des villes européennes) peuvent avoir accès à un réseau dédié de pistes cyclables sécurisées. Le fait de rouler sur des routes régulières augmente également le risque d’accidents de la route, potentiellement mortels pour les cyclistes. Le cycliste s'expose à une pollution atmosphérique élevée. Les déplacements à vélo à la campagne sont moins souvent évoqués, car les distances sont généralement plus longues et les infrastructures font défaut.

Sur les traces de la dernière glace

Au cours des dernières années, j’ai essayé de laisser la voiture en stationnement et de me rendre au travail en vélo, et ce, quelles que soient la saison et la météo. Un trajet aller simple (distance 18,6 km, dénivelé 242 m) prend généralement de 40 à 45 min au printemps, été, automne, tandis qu’en hiver, les températures négatives et le sous-gonflage des pneus (pour avoir une meilleure adhérence sur la glace) font que le trajet nécessite au moins 1h 15 min.

Avec une bonne organisation, il est possible de réduire considérablement ses émissions de carbone provenant des trajets quotidiens, même dans un environnement a priori peu favorable. Je peux économiser en moyenne 1 tonne d’émissions de carbone par an, rien qu’en pédalant.

Pour les cyclistes tentés par l’expérience, voici quelques détails techniques: les pneus sont des tailles « fat » cloutés de 4,6 ” Dillinger 5 par 45NRTH sous gonflés,  la lampe est une Cobra 6500 de LEDX et le museau d’hiver (pour prevenir les brûlures aux poumons dues au froid) est par Airtrim. Et un merci tout particuler au magasin 30k de Skövde pour la préparation du vélo.

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